
Extrait de l'interview
William Kostka trace la voie de la diplomatie sous-régionale
Les îles États Fédérés de Micronésie s’étendent sur une vaste étendue océanique, où 607 îles et pics volcaniques s’élèvent à quelques mètres seulement au-dessus des vagues. C’est une région d’une biodiversité incomparable et d’une fragilité existentielle, où les impacts du changement climatique ne relèvent malheureusement plus d’une possibilité lointaine. Au cœur de ce paradis fragile, William Kostka s’est imposé comme une force motrice, incarnant à la fois les épreuves et la ténacité des États fédérés de Micronésie (FSM).
L’histoire de William Kostka commence à Pohnpei, où il a passé ses années de formation intimement lié à la terre et à l’océan. Cette relation avec la nature a jeté les bases durables de son engagement pour l’environnement. Au début des années 1990, il fonde une entreprise de plongée touristique, mais face à la dégradation rapide des récifs coralliens et des pêcheries, il réoriente son parcours vers la conservation, entamant une carrière dédiée à la protection du patrimoine écologique et culturel du Pacifique.
L’architecture de la coopération inter-îles
En 1998, il cofonde la Conservation Society of Pohnpei (CSP), qui deviendra une ONG locale de référence, forte d’une équipe de 22 personnes et d’un budget annuel de 800 000 dollars US. Sa contribution la plus durable date de 2006, avec le Micronesia Challenge, une initiative ambitieuse qui fédère les gouvernements de Micronésie autour d’un engagement commun : 50 % de leurs ressources marines et 30 % de leurs ressources terrestres d’ici 2030, désormais atteints. Elle donnera naissance au Micronesia Conservation Trust (MCT), dont il deviendra directeur exécutif. Sous son impulsion, le Micronesia Challenge a survécu à plus de 20 alternances politiques au sein de ses cinq États membres. Il pilote également le déploiement des programmes de The Nature Conservancy dans les FSM et contribue à l’élaboration de politiques nationales, notamment les stratégies sectorielles nationales pour l’environnement, qui permettront de sécuriser 2 millions de dollars US par an pour la protection de l’environnement. En 2023, il devient directeur régional pour la Micronésie à la Communauté du Pacifique (CPS).
William Kostka a été l’un des moteurs de cette dynamique de coopération. L’arrivée, l’an dernier, du programme MiCOAST de l’Initiative Kiwa, et la gestion communautaire des pêches (CBFM), illustrent bien son approche. « Notre objectif est de faire valoir le Micronesia Challenge et l’Initiative Kiwa lors de réunions de haut niveau comme la Conférence des Directeurs des pêches de la CPS, parce que nous pouvons apporter des éléments concrets pour éclairer les décideurs », affirme-t-il. Sa philosophie s’enracine dans la « Three-Pronged Approach » (approche à trois niveaux gouvernement/société civile/communautés). « Nous avons cette image romantique de chefs communautaires toujours présents pour leur peuple - la réalité est plus nuancée. Certains peuvent être tentés de faire un mauvais usage de leur pouvoir, et c’est alors aux gouvernements de rétablir l’équilibre », soutient-il.
Solutions fondées sur la nature : capitaliser sur les succès, surmonter les défis
William Kostka défend les Solutions fondées sur la Nature (SfN) comme l’approche la plus pratique et la plus durable pour le Pacifique. « Elles demandent moins de soutien extérieur et sont relativement faciles à mettre en œuvre », explique-t-il. Il insiste aussi sur la nécessité de relier conservation, sécurité alimentaire et santé publique. Des initiatives comme Kiwa et le fonds de dotation du Micronesia Challenge en sont la preuve, même s’il reste conscient des défis : « Pas besoin de réinventer la roue. Il faut lever les obstacles qui empêchent des initiatives comme Kiwa et le Micronesia Challenge d’atteindre pleinement leurs objectifs » - à l’image du Palau Protected Areas Network Fund (PANF), soutenu par l’UICN depuis 2010, un modèle qui mise sur la transparence dans la gestion des fonds.
Face au changement climatique, à l’acidification des océans et à l’exploitation non durable des ressources, dans un contexte de compétition internationale croissante pour l’accès aux fonds marins et aux stocks de pêche de la région, William Kostka met en garde contre une « double urgence » : agir dès maintenant, sans perdre de vue ce qui se profile. « Nous devons mettre en place des systèmes de gestion garantissant que les FSM conservent leurs droits souverains », affirme-t-il. Les outils existent déjà ; « ce qui manque, conclut William Kostka, c’est la constance et la volonté politique de s’en servir. Le plus dur, ce n’est pas de trouver des solutions. C’est de tenir le cap. »

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