
Extrait de l'interview
Su’a Ulusapeti Tiitii : la femme qui fait pousser l’économie bleue des Samoa
Le soleil matinal se reflète sur la baie de Safata, sur la côte sud d’Upolu, aux Samoa. Des femmes avancent dans les eaux peu profondes pour récolter des algues. Parmi elles, Su’a Ulusapeti Tiitii montre l’exemple. Pionnière féministe, innovatrice économique et praticienne ancrée dans la science, elle a démontré que des écosystèmes sains et des moyens de subsistance durables sont indissociables.
Une dirigeante pour l’équité et l’inclusion
Avec le projet RESTORE de l’Initiative Kiwa, elle transforme la conservation côtière en autonomisation économique. Après des années à la Division des pêches du gouvernement samoan, elle dirige désormais une mission de 3,3 millions d’euros unissant restauration des écosystèmes, aquaculture durable et appropriation communautaire. « J’y ai développé une compréhension approfondie des communautés côtières et de leur dépendance aux ressources marines », explique-t-elle. Son engagement indéfectible en faveur des femmes a permis d’atteindre 60 % de participation féminine dans les consultations communautaires. « Cela témoigne d’une gouvernance plus inclusive, où les femmes, les jeunes et les populations vulnérables co-construisent les solutions », déclare-t-elle. Dans une région où ce sont souvent les matai (chefs coutumiers) qui animent les discussions, elle a initié des réunions communes où la voix des femmes compte désormais autant que celle des hommes.
De la vente en bord de route à l’entrepreneuriat en ligne : l’autonomisation économique
La consommation d’algues, pratique ancestrale réinventée, illustre sa vision. « Il faut faire valoir leur valeur nutritionnelle, mais aussi expliquer la logique de l’aquaculture. Sans culture, les ressources s’épuisent en deux ou trois ans », souligne-t-elle. Aujourd’hui, 20 sites aux Samoa cultivent des algues, et RESTORE explore le marché des produits à forte valeur ajoutée.
En partenariat avec le Samoa Business Hub, Ulusapeti forme les communautés à la gestion d’entreprise et au marketing numérique. « Nous les aidons à passer du stand en bord de route à une activité structurée. Une présence en ligne, même modeste, peut rapidement prendre de l’ampleur », précise-t-elle.
La restauration corallienne : un processus social
Côté récif, un autre chantier se joue pour Ulusapeti et son équipe : la fragmentation et la transplantation de corail pour restaurer les récifs endommagés. Dans ce domaine, le projet régional Kiwa RESTORE utilise les Reef Stars, une technique peu coûteuse et adaptée aux communautés du Pacifique pour faire revivre leurs récifs. En mai, 75 participants issus de 15 communautés ont été formés aux Samoa. « Impliquer activement les communautés dans le suivi et la restauration est essentiel. Cela permet de former des gens capables de faire perdurer les activités au-delà du projet », observe-t-elle. D’ici 2027, elle espère voir des écosystèmes plus résilients et une nouvelle génération de dirigeants, en particulier des jeunes femmes, prêts à faire progresser la conservation. « Ce travail, c’est avant tout une aventure humaine. Il s’agit de nous, de notre relation avec le vivant. L’enjeu est exigeant, mais profondément porteur de sens. »

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