
Extrait de l'interview
Sa’aga Talu Teafa : l’architecte de la résilience climatique des Tuvalu
Le vent du Pacifique balaie la capitale Funafuti, rappel constant de l’équilibre fragile entre terre et mer aux Tuvalu. Ici, où la montée des eaux se mesure en centimètres mais où les conséquences se muent en enjeux existentiels, Sa’aga Talu Teafa se dresse à la fois comme veilleur et architecte. D’abord fonctionnaire, puis premier Médiateur des Tuvalu, et aujourd’hui ministre du Développement des ressources naturelles, sa carrière fait écho au parcours de la nation qu’il sert : une lutte de chaque instant pour la survie, face à la marée montante du changement climatique. Cette lutte a atteint un sombre jalon en 2025, lorsque les premiers migrants climatiques ont quitté leur État insulaire en vertu d’un accord conclu avec l’Australie. Malgré cette réalité, le leadership de Sa’aga continue de se nourrir de gestes concrets plutôt que de rhétorique creuse. Pour lui, l’enjeu climatique n’est pas seulement une question de survie ; c’est une question de prospérité.
Au-delà du financement : le modèle Pacifique de l’Initiative Kiwa
Pour Sa’aga, l’Initiative Kiwa ne se résume pas à un mécanisme de financement : aux côtés des Tuvalu, elle apporte un appui technique et aide à concevoir des Solutions fondées sur la Nature qui renforcent les capacités du pays - c’est, dit-il, un moteur de transformation systémique. Sa vision dépasse les côtes des Tuvalu, portée par la conviction qu’aucune île ne peut relever ce défi isolément. « Il nous faut, dès maintenant, une collaboration régionale renforcée. Les projets conjoints de SfN des Tuvalu peuvent servir de modèle pour d’autres îles », affirme-t-il.
« L’Initiative Kiwa, c’est avant tout faire la preuve par la pratique. Il ne s’agit pas seulement d’argent ; il s’agit de confiance, et de la conviction qu’on ne bâtit rien de solide sans les communautés locales et leurs savoirs, fussent-ils moins quantifiables que les données scientifiques. » Cette franchise ne l’empêche pas de regarder la complexité du financement climatique en face. « Quand on voit tout ce qu’il faut remplir pour accéder aux fonds climatiques, c’est un véritable parcours d’obstacles mais nous devons être des acteurs du changement, pas seulement des bénéficiaires », admet-il.
L’adaptation en action
Tandis que le Projet d’adaptation côtière des Tuvalu (TCAP), financé principalement par le Fonds vert pour le climat et le gouvernement des Tuvalu, mise sur de grandes infrastructures - remblayage de terres, défenses côtières -, l’Initiative Kiwa joue un rôle complémentaire, en veillant à ce que la stratégie d’adaptation des Tuvalu reste à la fois holistique et ancrée localement. Ensemble, ces efforts dessinent une résilience qui ne tient pas qu’à l’ingénierie, mais aussi au réveil des savoirs locaux et traditionnels et à l’autonomie rendue aux communautés. Sur ce terrain, Sa’aga défend les Solutions fondées sur la Nature comme fondement de la stratégie d’adaptation des Tuvalu, faisant revivre des pratiques traditionnelles comme les fosses à pulaka (jardins souterrains traditionnels pour la culture du taro) et la collecte des eaux pluviales, désormais associée à des techniques d’irrigation modernes. Alors que les Tuvalu se préparent pour la réunion pré-COP31 aux Fidji (5-8 octobre), avant le sommet principal de la COP31 à Antalya, en Turquie (9-20 novembre), ce sera l’occasion d’avoir une voix au chapitre sur la scène mondiale en démontrant que les Solutions fondées sur la Nature sont à la fois pratiques et porteuses de transformation : « Les SfN doivent devenir un pilier non négociable de l’action climatique pacifique. Il faut faire valoir leurs co-bénéfices - moyens de subsistance, biodiversité, préservation culturelle - et les ancrer dans les stratégies climatiques nationales et régionales, dans les Contributions déterminées au niveau national (CDN) des Nations unies, et dans les plans d’adaptation. Il ne s’agit pas seulement de survie ; il s’agit de justice et de souveraineté. »
En Sa’aga Talu Teafa, les Tuvalu ont trouvé bien plus qu’un ministre : un dirigeant porté à la fois par l’urgence des constats scientifiques et par la conviction que l’action reste possible. Entre la promotion des SfN et le TCAP, qui ont déjà permis de remblayer plusieurs hectares de terre à une hauteur calculée pour rester hors de l’eau, et de tenir ainsi le pari du siècle à venir.

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