
Extrait de l'interview
Lionel Maeliu, le cœur vibrant de l’agroécologie et de l’agriculture durable
Sur les collines ondulantes de Malaita, la Ferme d’apprentissage biologique de Gwaunafiu vibre de vie, témoignage de la fusion entre sagesse ancestrale et innovation durable. Ici, le compost fume sous le soleil du matin, transformant feuilles mortes et fumier de poule en « or noir » qui nourrit la terre. Au cœur de cette transformation se tient Lionel Maeliu, agriculteur, innovateur et infatigable défenseur de la ruralité. Ses mains burinées ne travaillent pas seulement la terre, elles portent une vision : « Nourrissez le sol, et il vous nourrira. » Une maxime transmise par ses grands-parents, aujourd’hui reprise par 50 % des agriculteurs côtoyant la ferme-école qui se sont déjà tournés vers des méthodes biologiques.
Le projet POLFN : généraliser les solutions biologiques à travers le pays
Le parcours de Lionel Maeliu en tant que leader a atteint de nouveaux sommets grâce au Réseau des fermes d’apprentissage biologique du Pacifique (POLFN), un projet financé par l’Initiative Kiwa qui est devenu un catalyseur pour diffuser les principes que Lionel a défendus toute sa vie. Pour l’agriculteur, Kiwa POLFN est bien plus qu’un projet : c’est un mouvement. « C’est très important, confie-t-il. Le projet permet de transmettre concrètement les connaissances en agroécologie à d’autres provinces, afin qu’elles en comprennent les bénéfices. Si elles ne les comprennent pas, nous allons prendre du retard et nous ne saurons plus quoi faire. Ce message doit circuler maintenant ; c’est le bon message face au changement climatique.»
À la Ferme d’apprentissage biologique de Gwaunafiu, des parcelles de conservation abritent des variétés rares de taro et des arbres fruitiers autochtones, dont beaucoup sont en voie de disparition. La ferme est une salle de classe à ciel ouvert, où les agriculteurs se réunissent non pas en tant qu’élèves, mais en tant que co-créateurs. Lesley Sanga, conseiller agricole et ancien journaliste, documente les anciennes méthodes : comment redonner vie à un taro atteint d’AloMae, comment décrypter le langage silencieux des ravageurs à travers les œufs déposés sous les feuilles. Et la terre répond en vert : les cultures se dressent plus hautes, résistantes aux maladies ; le bourdonnement des insectes et le chant des oiseaux remplissent l’air où le silence signalait autrefois l’appauvrissement ; et le sol, jadis épuisé, retient désormais l’eau comme une éponge, défiant les pluies erratiques d’un climat en pleine mutation.
Les défis à venir : accès aux marchés et nouvelle génération
Pourtant, des défis subsistent. L’accès au marché demeure un autre obstacle persistant. Si l’agriculture biologique a renforcé la sécurité alimentaire, de nombreux agriculteurs peinent encore à vendre leurs produits au juste prix. Pourtant, la détermination de Lionel ne faiblit pas. Il encadre de jeunes agriculteurs, organise des formations et plaide pour un soutien accru, afin que la vision de Kiwa POLFN — et la sienne — se renforce à chaque saison. Sa préoccupation la plus profonde ? La nouvelle génération. « Si les jeunes n’apprennent pas, qui reprendra le flambeau ? » demande-t-il.
« Si des gens comme moi ne s’appuient pas sur les méthodes agricoles ancestrales, notre savoir sera perdu. C’est pour cela que j’ai fondé l’École des agriculteurs : pour que les gens viennent apprendre, et que ce savoir puisse perdurer. » Pour Lionel Maeliu, l’agriculture n’est pas seulement une question de survie ; c’est une vocation. Une manière d’honorer la terre, d’autonomiser les communautés et de forger un avenir où tradition et innovation avancent main dans la main.

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