
Extrait de l'interview
Ilisoni Kumete, la force discrète derrière la lutte de Lovoni contre les maladies hydriques
Au cœur de l’archipel fidjien de Lomaiviti, blotti au creux des pentes luxuriantes de l’île d’Ovalau, le village de Lovoni a trouvé en Ilisoni Kumete un acteur clé – non par ses discours, mais par ses actes, aussi discrets qu’efficaces. En tant que président du comité de l’eau, il est devenu le moteur de la lutte de sa communauté contre les maladies hydriques, comme la leptospirose ou la fièvre typhoïde, qui frappaient autrefois le village à chaque crue.
« La leptospirose est un tueur silencieux », confie Ilisoni, assis au bord d’un étang, sa voix douce, pourtant résolue. « Les femmes et les enfants, qui passaient des heures à aller puiser l’eau dans des sources éloignées, non contrôlées, étaient les plus exposés. Sans le savoir, ils ramenaient souvent le danger chez eux, avec chaque seau. »
Là où les bassins versants et la santé humaine se rejoignent
Le parcours d’Ilisoni Kumete a commencé après le passage du cyclone Winston, qui a dévasté Lovoni en 2016, laissant derrière lui des eaux contaminées et des maladies. Sa première initiative a été d’enregistrer le comité de l’eau du village auprès de l’Autorité fidjienne de l’eau, offrant ainsi à Lovoni une voix pour signaler les problèmes et demander de l’aide. « Avant, si un tuyau cassait ou si l’eau était impropre à la consommation, nous n’avions personne à contacter », se souvient-il. « Maintenant, nous pouvons nous manifester et être entendus. » Quelques années plus tard, lorsque le projet WISH est arrivé à Lovoni, impulsé par le WCS, il a apporté une nouvelle perspective : soigner la terre pour soigner l’eau. Soutenu par l’Initiative Kiwa depuis 2022, le projet devenu WISH+ s’est concentré sur la restauration des bassins versants, la plantation d’arbres, la stabilisation des sols et le filtrage naturel des contaminants.
« Ils n’ont pas supposé détenir toutes les réponses », commente Ilisoni. « Écouter a été la première étape. Ils ont pris le temps de comprendre nos besoins et ont travaillé avec nous pour y répondre. » L’approche Une seule santé du projet WISH+, qui relie la qualité de l’eau aux maladies hydriques, a été au cœur de son succès. En s’attaquant aux causes profondes de la contamination, le projet a non seulement amélioré l’accès à l’eau, mais aussi réduit les risques de maladies. « Une eau saine signifie des personnes en bonne santé, c’est tout l’enjeu », affirme-t-il. « Il faut que davantage de communautés s’approprient leurs systèmes d’adduction d’eau. »
Former les leaders de demain
Aujourd’hui, l’eau de Lovoni est plus propre et les épidémies ont diminué. Plus de 5 271 arbres protègent désormais le bassin versant, réduisant l’érosion et améliorant la qualité de l’eau. « Les arbres sont nos filtres naturels », explique Ilisoni. En impliquant les femmes et les jeunes, notamment les membres du Lovoni Koro Youth Club, il a intégré de nouvelles idées dans le tissu social du village. « Ils voient les choses différemment », reconnaît-il. « Nos plus jeunes membres du comité de l’eau ont apporté des idées nouvelles, comme un programme pour sensibiliser les enfants à la gestion de l’eau. »
Le succès de Lovoni inspire les communautés voisines. Grâce à l’Initiative Kiwa, le rêve d’Ilisoni - de l’eau potable pour chaque foyer d’Ovalau - est à portée de main. Sa vision est simple : « Je n’ai jamais voulu être un héros. Je voulais simplement que mon village soit en sécurité. »

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