
Extrait de l'interview
Frances Brown-Reupena mise sur les communautés
« Le mode de vie samoan (Fa’asamoa) enseigne que les hommes sont les gardiens, et non les propriétaires, de leurs ressources naturelles. » Ce principe guide, jour après jour, la carrière de Lealaisalanoa Frances Brown-Reupena, directrice générale du ministère samoan des Ressources naturelles et de l’Environnement (MNRE). « J’ai grandi en comprenant que notre terre et notre océan font partie de qui nous sommes, confie-t-elle. Ils sont notre identité, notre héritage et aussi notre responsabilité. » Ce socle l’a menée des fono (conseils de village) jusqu’aux arènes de négociations climatiques internationales, où elle veille à ce que la voix de Samoa soit non seulement entendue, mais écoutée.
Du savoir local à la scène internationale
Son parcours, du terrain communautaire à la haute diplomatie, repose sur une conviction : le savoir local doit nourrir les politiques mondiales. « J’ai commencé par travailler directement avec les communautés, se souvient-elle. C’est là que j’ai compris que le savoir local doit être le fondement de toute bonne politique. » Actuelle directrice générale du MNRE, elle veille à ce que le financement climatique international s’accorde avec les structures coutumières de son pays. « Nos projets ne réussissent que lorsqu’ils respectent la gouvernance traditionnelle », affirme-t-elle. Programme régional à travers tout le Pacifique, l’Initiative Kiwa incarne selon elle cette approche essentielle : soutenir des projets portés directement par les communautés, dans le respect du sa’o (gouvernance foncière coutumière). « Les communautés doivent toujours rester au cœur de chaque investissement », insiste-t-elle.
La nature comme ancêtre, la politique comme leadership
Pour Samoa, les Solutions fondées sur la Nature (SfN) ne sont pas une nouveauté, dit-elle : elles relèvent d’une pratique ancestrale. « Ce n’est pas un concept nouveau. Nous avons toujours travaillé avec la nature. » Selon elle, mangroves, récifs et forêts en bonne santé offrent une protection durable — même si les infrastructures gardent leur place, reconnaît-elle, là où les systèmes naturels atteignent parfois leurs limites. Le véritable défi, souligne-t-elle, est de garantir un financement et une gestion capables de s’inscrire dans la durée, au-delà de la vie d’un projet.
« Pour Samoa, le changement climatique n’est pas une menace lointaine : c’est une réalité de tous les jours. Nos îles émettent peu, mais subissent certains des effets les plus sévères du dérèglement climatique mondial. » Ce dont son pays a besoin ? D’agir vite, d’un soutien concret, d’un accès plus simple au financement climatique et, surtout, « de partenariats qui prennent enfin en compte les réalités propres aux petits États insulaires. »
Aux jeunes Samoans qui hésitent entre partir et rester, elle le dit sans détour : « Samoa aura toujours besoin de leurs compétences, de leurs idées, de leur leadership. » Ce qu’elle espère ? Qu’au terme de son parcours, elle aura été digne, aux yeux de ses ancêtres, de la confiance qu’ils ont placée en elle.

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