
Extrait de l'interview
Estelle Wamo, l’interface entre institutions et communautés pour maintenir Ouvéa hors de l’eau
À 250 km à l’est de la Grande Terre, Ouvéa, atoll des Îles Loyauté, est en première ligne face à la montée des eaux. Avec un point culminant à 41 mètres seulement, elle subit un imparable phénomène de subduction : la plaque australienne s’enfonce sous la plaque pacifique, faisant sombrer l’île centimètre par centimètre chaque année. « Quand je suis revenue après 15 ans à Nouméa, le choc a été violent : mon île s’effritait sous mes yeux, » confie Estelle Wamo, coordinatrice du Syndicat d’Initiative Iaai-Ouvéa. « Avec le soutien de l’Initiative Kiwa, Ouvéa prouve qu’avec la nature et la communauté, on peut maintenir la tête hors de l’eau. »
Des fascines de coco et des plantes résistantes pour défier l’érosion
Ici, pas de digues en béton, mais des solutions 100 % naturelles : les fascines de coco, des fagots de palmes tressées qui freinent les vagues et retiennent le sable. « Elles laissent passer les vagues, mais en atténuent la force, réduisant ainsi l’énergie qui frappe les côtes. Et surtout, elles favorisent la revégétalisation : les graines transportées par les vagues germent dans le sable retenu par les fascines, créant une barrière végétale supplémentaire, » explique la coordinatrice. Plus de 500 mètres de fascines ont déjà été installées.
Avec le soutien de l’Initiative Kiwa et l’expertise d’un pépiniériste de la Grande Terre, 3 000 plants d’espèces ultra-résistantes à la salinité ont été produits en un an. Objectif : 5 000 plants d’ici fin 2026. « Avec ce partenariat, nous avons pu évaluer et produire en masse des plants de pimpoint et de bourao », précise Estelle Wamo. Des arbres naturellement adaptés aux embruns qui stabilisent les sols et protègent les zones côtières. « la solution est entre nos mains. »
Double insularité : un défi à relever
Frein systémique au développement, la double insularité d’Ouvéa est aussi un moteur d’innovation pour une communauté qui s’organise autour de ces chantiers. La mobilisation autour du projet PEBACC+ est totale sur l’île (chefferies coutumières, associations, écoles), « certains ont commencé à planter chez eux avant le début des opérations officielles. C’est ça, la force d’Ouvéa : une petite île, mais une communauté soudée. » Ici, plus qu’ailleurs sans doute, l’urgence d’agir et de faire des choix politiques courageux et différents se fait sentir alors que des délocalisations d’infrastructures pourraient s’imposer face à la montée des eaux dès 2030 : recul des routes à Saint-Joseph, déplacement du cimetière de Mouli. « Il faudra peut-être délimiter une zone de mémoire près de la mer, tout en sécurisant les tombes plus à l’intérieur des terres, » explique Estelle, pragmatique. En attendant à Ouvéa, la résilience se construit fascine après fascine, portée par l’énergie collective de ceux qui savent que l’avenir s’écrit ici et maintenant.

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