
Extrait de l'interview
Emmy Tevi Siro tisse nature et espoir pour la rivière Tagabe
« Des inondations qui engloutissent les maisons, des cyclones qui dénudent nos terres… Autrefois, nous disions que la rivière était en colère. Aujourd’hui, nous savons qu’elle nous appelait à l’aide. » Emmy Tevi Siro, présidente du Conseil des femmes des quartiers nord de Port-Vila, et présidente du Réseau vert pour l’environnement du Vanuatu, parle avec une détermination sereine. Son leadership a rassemblé 4 000 femmes - les Northern Mamas - autour d’un mouvement alliant savoirs ancestraux et science moderne pour redonner vie à la rivière Tagabe, veine vitale de leur communauté. Depuis des générations, celle-ci nourrissait les familles et soutenait les moyens de subsistance. Mais pollution et cyclones l’ont asphyxiée. En 2021, Emmy et une poignée de femmes ont commencé à déblayer les débris. « Nous avons démarré sans rien, si ce n’est nos mains et une nouvelle loi - celle que le Vanuatu a adoptée pour renforcer la place des femmes dans les instances locales », raconte-t-elle. « Aucun financement. Aucun équipement. Juste la volonté de sauver notre rivière. »
Un avenir qui s’enracine dans la coopération
Le tournant est intervenu en 2024, lorsque le programme PEBACC+ de l’Initiative Kiwa, mis en œuvre localement par le Programme régional océanien de l’environnement (PROE), a apporté un soutien décisif à la création d’une pépinière. Objectif : lutter contre l’érosion, restaurer la biodiversité et générer des revenus. Kiwa n’a pas seulement financé la pépinière : l’initiative a aussi accompagné sa conception, en intégrant des espèces résistantes aux cyclones, comme le pandanus - traditionnellement utilisé pour tisser paniers, nattes ou toits - et des arbres à paillis, à croissance rapide.
« En mariant nos connaissances traditionnelles à la science moderne, les agronomes ont optimisé nos plantations et nous ont aidées à choisir le moment idéal pour planter c’est-à-dire en évitant la saison cyclonique », explique Emmy. « Désormais, nos jeunes pousses survivent là où d’autres ont péri. »
Un système d’agroforesterie à trois strates reproduit la structure naturelle de la forêt : des plantes herbacées couvrent le sol, des palmiers forment une canopée intermédiaire, et de grands arbres, dont les racines s’enfoncent profondément, constituent l’étage supérieur.
Des femmes aux côtés des chefs
Aujourd’hui, plus de 5 000 arbres stabilisent les berges de la rivière, tandis que la pépinière emploie des femmes à raison de 10 USD par jour - un revenu modeste, mais vital dans un pays où les opportunités économiques sont plutôt rares. Autrefois écartées, les femmes dirigent désormais aux côtés des chefs. « Nous ne plantons pas que des arbres », déclare Emmy en tenant un jeune pandanus. « Nous semons l’espoir. Nous montrons à nos filles qu’elles peuvent prendre les rênes et façonner l’avenir de ce territoire. » La renaissance de la rivière Tagabe est un laboratoire d’adaptation climatique : un leadership local éclairé par une expertise mondiale. « Les Objectifs de Développement Durable des Nations Unies ne sont pas que des mots ici », souligne-t-elle. « Ils sont dans les racines que nous plantons, dans les enfants que nous éduquons. Si vous voulez un vrai changement, faites confiance à celles et ceux qui connaissent le mieux leur terre. »

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