
Extrait de l'interview
De la rue aux tarodières de Papetoai avec Naumi Tapi, une histoire de (ré)insertion
À 60 ans, Naumi Tapi incarne la ténacité. Ancienne sans-abri, à Papetoai, sur l’île de Mo’orea, elle a transformé sa vie en devenant la figure centrale de Taro’ITE, un projet de réinsertion sociale et professionnelle par la culture communautaire du taro. Son parcours, marqué par vingt ans de précarité, est aujourd’hui une source d’inspiration pour des dizaines de jeunes en difficulté.
Papetoai : le revers de la carte postale
Loin des lagons turquoises, Papetoai concentre une crise foncière et écologique qui menace l’avenir de ses habitants. Des promoteurs immobiliers, souvent extérieurs à l’île, font pression pour acquérir les terres agricoles, proposant des projets touristiques qui réduisent les surfaces cultivables. En 2020, Papetoai produisait encore 40 % de ses besoins en taro ; en 2023, ce chiffre est tombé à 15 %. « Aujourd’hui, on dépend de boîtes de conserve venues d’Asie », déplore Naumi. L’enquête menée en 2025 avec l’Initiative Kiwa a révélé l’ampleur de ces défis : déscolarisation massive, chômage des jeunes, et dépendance à la drogue comme l’ICE. « On est allés frapper aux portes, écouter les familles parler de leurs jeunes perdus, de leur lagon pollué, de leurs problèmes fonciers », raconte-t-elle. « C’est comme ça qu’on a compris qu’il fallait agir. »
Depuis 2020, l’association Tahitian Historical Society mène des chantiers agricoles sur le domaine Kellum, alliant transmission des savoirs traditionnels et autonomie alimentaire. « Un homme qui ne peut pas planter du taro ne peut pas nourrir sa famille », déroule Naumi.
Taro’ITE : redonner un avenir aux jeunes
Un mantra qu’elle répète aux jeunes sans faillir. Résultat : plus de cinquante d’entre eux ont déjà été formés en deux ans, deux hectares de tarodières replantés, et des vies transformées. Au-delà du social, les tarodières jouent aussi un rôle écologique déterminant. « Le soutien de l’Initiative Kiwa a été un levier indispensable », souligne Naumi. « Grâce à eux, on a pu comprendre le rôle des tarodières comme barrières naturelles contre la pollution. » Une étude récente confirme qu’elles réduisent de 40 % les sédiments et polluants atteignant les lagons. « Protégeons notre garde-manger : L’océan, la terre, le poisson, le taro… Tout est lié. Il faut initier davantage d’actions sociales et écologiques. Sinon, on continuera à dépendre des importations, à polluer nos lagons et à perdre nos jeunes », insiste-t-elle. Son rêve ? Étendre Taro’ITE à d’autres quartiers de Mo’orea et même à toute la Polynésie.

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